Fablier
Un exemple de roman
(écrit à quatre mains avec un enfant)
Le plus simple, pour comprendre le roman à quatre mains, est de le voir s'écrire. Voici les débuts d'un roman tel qu'un enfant de huit ans et Numa, la plume du Fablier, le fabriquent ensemble : ses trois premières réponses, le chapitre qui en naît deux minutes plus tard, puis — c'est le cœur du jeu — les trois questions que Numa lui laisse pour la suite. Les pages ci-dessous sont fictives, écrites pour montrer la forme d'un vrai roman — celui de votre enfant n'appartiendra qu'à lui.
Samedi, 17 h — les trois réponses du début
Qui est le héros de ton histoire ? Donne-lui un nom, et une chose qu'il sait faire mieux que personne.
Pino ! C'est un renard et il sait ouvrir toutes les serrures du monde, même sans clé.
Où vit-il ? Raconte son monde — et ce qui y est un peu étrange.
Dans une ville construite sur le dos d'une baleine géante. Quand la baleine plonge, tout le monde doit fermer ses fenêtres très vite.
Qu'est-ce qu'il désire par-dessus tout — ou qu'est-ce qui vient de mal tourner pour lui ?
Quelqu'un a volé la clé de la pluie et il ne pleut plus du tout, alors la baleine commence à avoir trop chaud.
Deux minutes plus tard — le premier chapitre
Le chapitre ne se déverse pas à l'écran pendant qu'on le regarde s'écrire. Quand il est fini, l'écran dit simplement « C'est prêt. » et s'arrête là : c'est l'enfant qui décide du moment de l'ouvrir. Un livre s'ouvre, il ne se subit pas.
Et déjà, la suite s'accroche
Le chapitre ne se termine pas par « fin » : il se termine par trois questions, tirées de l'histoire, qui attendent l'enfant au prochain soir. C'est lui qui décide — Numa, elle, s'engage à tout utiliser.
1. Qui Pino rencontre-t-il en grimpant vers la serrure des nuages ?
2. Que fait la baleine quand elle a vraiment trop chaud ?
3. Quel indice le voleur de la clé a-t-il laissé derrière lui ?
Et les soirs où il sèche ? Sous chaque question il y a « Aucune idée ». Ce n'est pas un bouton qui écrit à sa place : c'est un jeu. On lui demande d'abord ce que sera la scène — inquiétante, émouvante ou étrange —, il choisit une humeur, l'écran répond « Numa a une idée. » et l'amorce se dépose dans la page — à reprendre, à tordre ou à effacer. La décision reste la sienne ; seule la page blanche a disparu.
Le lendemain — ses trois réponses, telles quelles
Qui Pino rencontre-t-il en grimpant vers la serrure des nuages ?
Une mouette pirate avec un cache-œil, elle s'appelle Capitaine Plume.
Que fait la baleine quand elle a vraiment trop chaud ?
Elle éternue TRÈS fort et toute la ville saute en l'air.
Quel indice le voleur a-t-il laissé derrière lui ?
Une trace de confiture de nuage sur la rampe de l'escalier du ciel.
Et le chapitre 2 reprend tout
Et Numa se souvient
Capitaine Plume est apparue au chapitre 2 ; elle sera encore là au chapitre 19, avec son cache-œil et son tricorne. Chaque nom, chaque lieu, chaque promesse laissée en suspens — la clé de la pluie, la trace de confiture — entre tout seul dans le carnet du livre pendant que le chapitre s'écrit. Rien à ranger : au toucher d'un nom dans la liseuse, sa fiche monte.
Et si Numa a mal noté quelque chose, l'auteur corrige la fiche lui-même — c'est une mouette, pas un goéland — et sa correction est définitive : elle ne sera jamais réécrite par-dessus. Le carnet est une mémoire, pas une autorité.
Et une aquarelle par chapitre
Les deux images ci-dessus ne sont pas des décorations choisies dans une banque d'images : elles ont été peintes pour ces chapitres, à partir de la scène que Numa venait d'écrire. C'est ce qui arrive à chaque chapitre d'un roman — l'enfant répond à ses trois questions, et quelques instants plus tard il trouve son texte et son illustration, dans le monde qu'il a inventé. Rien à demander : les personnages qu'il a créés se mettent à exister en couleurs, y compris ceux que personne n'avait jamais dessinés avant lui.
Sauf que le style, lui, se choisit
L'aquarelle est le style par défaut, pas une fatalité. Sous la couverture de son roman, l'enfant bascule quand il veut vers la bande dessinée, le crayon de couleur ou le réaliste — et son dernier chapitre est aussitôt repeint dans le nouveau style, la même scène vue autrement : le choix se voit tout de suite, sinon ce n'en serait pas un. S'il préfère ses propres images mentales, « sans images » existe aussi, et rien n'est perdu — le jour où il rallume, les illustrations reviennent.
Le ton du récit se règle de la même façon, roman par roman : aventure, épique, drôle, frisson, tendre. Un enfant qui veut des chevaliers musclés et un autre qui veut trembler un peu n'écrivent pas le même livre.
Et pour quel lecteur ? Un curseur, cinq crans
Le même roman ne s'écrit pas de la même façon pour un enfant qui déchiffre encore et pour un grand lecteur de douze ans. Dans l'atelier du livre — l'écran des réglages, sous la couverture — un curseur de lecture va de « première lecture » à « littéraire », et déplace d'un coup la longueur des phrases, le vocabulaire et l'exigence de la langue. Nous ne demandons l'âge de personne : nous demandons pour qui c'est écrit, ce qui n'est pas la même question — et ce qui se change le jour où l'enfant a grandi.
Ce qu'il ne règle plus, c'est la longueur : elle n'est réglée nulle part. On écrit une scène à la fois, et une scène s'arrête quand elle a dit ce qu'elle avait à dire. À la fin de chacune, Numa donne son avis — « je crois que ce chapitre est arrivé à son terme » — mais c'est l'auteur qui décide quand le chapitre se ferme, et c'est là qu'il lui donne son titre, une fois écrit, comme les vrais écrivains. Pour un enfant qui déchiffre, une scène fait un chapitre et tout tient en un geste ; pour un roman, un chapitre respire.
Au dernier cran, ce n'est plus une plume pour enfants. « Littéraire » écrit une prose tenue, avec de l'ellipse et du non-dit : le même fablier sert alors à l'adulte qui veut son propre roman.
Et quand on sait déjà où l'on va
Le feuilleton du soir marche très bien sans plan : trois questions, un chapitre, on verra demain. Mais il arrive qu'on ait déjà une idée — un monde, un héros, et parfois la fin. C'est le cas de l'adulte qui écrit son polar en connaissant le coupable, et celui de l'enfant qui annonce dès le premier soir que « à la fin, le dragon devient gentil ».
Dans ce cas, on la dit en commençant, dans le champ « j'ai déjà une idée ». Numa en tire la carte de l'intrigue : cinq à huit étapes que l'histoire devra traverser, la dernière étant la fin annoncée — elle n'y touche pas. Chaque chapitre est ensuite écrit vers la prochaine étape, sans jamais la précipiter : un chapitre peut n'en approcher que d'un pas. Et quand elle est franchie, le livre le dit, sous le titre du chapitre.
Cette carte n'est pas un rail. Elle vit dans l'atelier, à côté du ton et du curseur : on y réécrit les étapes à venir, on en retire, on en ajoute, on les remet dans un autre ordre — ou l'on demande à Numa de replanifier la suite à partir de ce qui a vraiment été écrit. Une seule chose est intouchable : ce qui est déjà franchi. Les pages sont écrites, elles ont été lues ; on ne récrit pas le passé d'un livre.
Et le jour où il veut écrire lui-même
Il arrive un moment — souvent vers huit ou neuf ans — où l'enfant ne veut plus dicter : il veut écrire. C'est le moment que la plupart des outils ratent, parce qu'ils n'ont qu'un mode. L'atelier en a trois, et ils se changent d'un soir à l'autre, dans le même livre.
« Numa raconte » est le mode d'origine : trois questions, elle écrit le chapitre. « Numa met au propre » remplace les trois questions par un seul champ : l'enfant jette ses idées en vrac — Naël entre dans la grotte, il trouve la hache, le squelette se réveille — et Numa les rédige dans la voix du livre, sans rien inventer : mêmes événements, même ordre, mêmes noms. Elle met au propre, elle ne brode pas.
Et « ta page, telle quelle » : l'enfant écrit son chapitre, et il entre dans le livre mot pour mot. Aucune correction, aucune réécriture — c'est sa page. Numa ne fait que la lire, en silence, pour lui tendre les trois questions du chapitre suivant et peindre l'illustration de ce qu'il vient de raconter. Ces pages-là ne comptent pas dans le feuilleton du jour : quand c'est lui qui fournit le travail, il n'y a rien à rationner. Et il peut les reprendre — sa page reste la sienne, y compris pour la corriger.
Et pour le relire : page à page
Un roman qui grandit d'un chapitre par soir finit par se lire à l'envers, du plus récent au plus ancien — l'ordre de l'écriture, pas celui de l'histoire. La liseuse remet le livre à l'endroit : on l'ouvre au premier chapitre, on tourne les pages du pouce ou de la flèche, illustrations comprises, et l'app se souvient d'où l'on s'était arrêté. C'est le moment où l'enfant cesse d'être auteur pour redevenir lecteur — de son propre livre.
Et s'il ne sait pas encore lire : la liseuse lit à voix haute
Un enfant de six ans invente un roman entier bien avant de savoir le relire seul. Dans la liseuse, « Écouter l'histoire » fait lire le chapitre à voix haute, phrase après phrase, chacune éclairée au moment où elle est dite — le doigt qui suit la ligne, en somme, et c'est comme ça qu'on apprend à lire. À la fin d'un chapitre, la page tourne toute seule et le récit continue ; un geste l'arrête. C'est la voix de l'appareil (celle qui lit déjà les messages), rien à installer, rien à télécharger, et cela marche aussi en voiture ou quand personne n'est libre pour la lecture du soir.
Maintenant, le sien
Ce roman-là n'existe pas. Celui de votre enfant, si — il commence par trois questions, ce soir ou samedi prochain, et grandit d'un chapitre à la fois, toujours à partir de ses idées, jamais corrigées. Pour la méthode complète, lisez écrire une histoire avec son enfant ; à court d'idées de départ, piochez dans dix amorces d'histoires.
Ouvrir son roman
Gratuit aujourd'hui. Trois questions, ses réponses, un chapitre par soir.